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Récits de géographie: ce qui disparaît


HDR de Isabelle GARAT (ESO Nantes) soutenue en 2017 à l'Université de Nantes (IGARUN - Campus Tertre) le 11/09/2017 à 14h00
Direction :
  • Vincent VESCHAMBRE, ENSA Lyon

Composition du jury :
  • Géraldine Djament, Maître de conférences HDR, Université de Strasbourg,
  • Jean‐Claude Driant, Professeur, Ecole d’urbanisme de Paris, Université Paris-­‐Est Créteil,
  • Boris Grésillon, Professeur, Université d’Aix-­‐Marseille,
  • François Madoré, Professeur, Université de Nantes,
  • Muriel Rosemberg, Maître de conférences HDR, Université de Picardie Jules Verne


Les textes soumis pour l’obtention d’une Habilitation à Diriger des Recherches se présentent sous la forme d’un premier volume de 270 pages, intitulé « Récits de géographie : ce qui disparaît » et d’un second volume détaillant mon parcours professionnel.

Dans les registres de classement de la littérature, le récit remplace et réunit des catégories : romans, autobiographies, histoires, dont la séparation des genres n’est plus pensée comme étanche. Le récit me permet de réunir dans le volume 1 une réflexion par fragments, résultant d’une activité professionnelle fragmentée, tout autant que du fonctionnement de ma psyché. Le récit est la mise en ordre d’histoires éparses et, tout autant, le signe d’un goût persistant pour les histoires.

Utiliser le récit permet d’intervenir, en tant que sujet situé socialement, dans les recherches que j’ai menées et donne ainsi à voir mes difficultés, mes contradictions, ma manière de construire et de déconstruire à la fois, de peser, d’interpréter … de penser somme toute des objets. J’ai saisi la HDR comme un temps de pensée libre durant lequel les carcans et les normes implicite de la recherche s’effacent, en particulier « l’écriture blanche » ou « savante » telle que la désigne le géographe Olivier Orain en 2009 - et que l’écrivain Annie Ernaux qualifie de « plate » (2003) - le multi référencement si oublieux du sujet et du lecteur, tout ce qui est caractéristique d’une recherche positiviste qui se pense neutre.

 Les petits objets géographiques ont ma faveur, des quartiers autrefois, des immeubles aujourd’hui dans lesquels des habitants - ou à propos desquels des « techniciens » des municipalités - sont interrogés, sur des thématiques telles que les pratiques et représentations du quartier, la fête et plus largement l’événementiel, ou encore l’habitat et le logement dans le secteur privé, des thèmes qui ne relèvent pas, pour le commun des mortels et pour bien des scientifiques, de la géographie, mais de la sociologie. Ce qui fait « naturellement » géographie, dans mes travaux, ce sont les deux villes dans lesquelles les objets sont travaillés, l’approche monographique et la description qui va avec, autant d’approches souvent décriées dans la discipline à l’heure actuelle.

Travailler depuis de petits espaces fut le parti pris des Ateliers thématiques programmés du CNRS, entreprise collective pluridisciplinaire, lancée au milieu des années 1970, publiée au début des années 1980 qui a mis en valeur des localités dispersées dans tout le pays (quartier, pays, petites localités, villes nouvelles) et la thématique du changement social et culturel. Très marquée par ces ATP, j’ai voulu interroger le changement social tel qu’il m’apparaissait à la fin des années 2000 dans les deux communes sur lesquelles j’ai produit de la connaissance.

La première partie du volume dit original traite de l’intérêt du récit et des manières d’écrire la recherche, elle retrace également mon ego histoire en relation avec les objets retenus et les analyses menées. Ma relation au monde populaire, ou encore, les conditions de travail et les modes d’exercices de la recherche que j’ai connus il y a trente ans, sont en train de disparaître.

La partie la plus lourde du volume original détaille les transformations d’un quartier ancien, à Bayonne, puis celle d’un quartier péricentral, à Nantes. L’un s’est dé-densifié et est devenu un espace récréatif, l’autre est en cours de densification et devient un quartier dortoir. La densification autant que la dé-densification est source d’inquiétude et peut prêter au récit. Les disparitions d’immeubles, de lieux, d’individus et de groupes sociaux, l’invisibilisation des habitants, leur appauvrissement, l’augmentation et la dégradation de bâtiments construits trop vite sont la matière d’un drame, celui que les aménageurs auront à traiter à l’avenir. La lente continuation de la spécialisation des espaces urbains ; l’effacement du monde populaire et tout autant celui des populations précarisées avec toit sont ici Ce qui disparaît.

La dernière partie traite du « story-telling », ce récit que livrent les élus et les institutions municipales ou intercommunales, autour de politiques publiques qui ont connu de fortes ou de moindres médiatisations, politique de la culture, politique du logement. Déconstruire leurs récits était nécessaire, avant l’oubli définitif. Une nouvelle génération d’élus a pris place, dont l’analyse à venir du story-telling dira si l’action se situe en continuité ou en rupture des modes de faire précédents.

Le deuxième volume retrace mon itinéraire, détaille les nombreuses activités d’enseignement et de recherche menées dans les universités de Pau et Nantes, les responsabilités en matière d’enseignement et de recherche, les mandats électifs au sein de l’institution universitaire et donne à parcourir douze textes parus dans des revues ou des ouvrages.